Point de vue sur le téléchargement :

Lorsque les média donnent la parole à un "pirate" c'est-à-dire le simple utilisateur d'un système d'échange de fichiers partagés (peer-to-peer) ils choisissent trop souvent des personnes qui ne se préoccupent pas, outre mesure, de leur geste à moins que ce ne soit le journaliste qui ôte à l'interviewé toute possibilité d'approfondir.

Ainsi, le téléchargement de fichiers partagés ne se trouvera justifié que comme un geste qui se ferait comme en passant " parce que c'est gratuit ". Par ce biais on trouve un moyen facile de faire ressortir l'irresponsabilité de celui qui n'est alors qu'un petit délinquant incapable de mesurer la portée de ses actes : " Un jeune homme qui fait ça aussi pour le plaisir de la fraude " (20 mn page ? du 16/07/2004) et face auquel il " faut faire preuve de pédagogie " pour qu'il adopte " la net Attitude ". En limitant les motivations du téléchargement P2P de fichiers musicaux à un simple moyen de ne pas payer ce qui "devrait l'être" au plaisir de la fraude et de la transgression tout est mis en place pour assimiler cette pratique à un geste de malveillance (une publicité contre le téléchargement de fichiers partagés montre le pictogramme d'une main qui fait un doigt et qui se trouve derrière des barreaux avec un message censé susciter la peur). Elle relèverait d'une incompréhension profonde de la vie en société du civisme et de l'économie. Economie devant laquelle chaque consommateur devrait éprouver un profond respect. Une fois les argumentation du camp des " pirates " réduites à de si petites raisons, ramenées à un raisonnement d'aussi courte vue la place est nette. Le journaliste n'a plus qu'à émailler son article des explications et jérémiades grandiloquentes des acteurs de l'industrie du disque. Rien ne nous est épargné ; télécharge-t-on un fichier musical ? C'est le monde de la création artistique et musicale que l'on assassine. Voilà un point de vue partiel sinon partial. D'ailleurs, Il se pourrait même qu'à l'examen le rapport des termes se renverse et que ce soit le piratage qui vivifie la création musicale, la revitalise.

Dans le paysage musical actuel penser détruire la création musicale en téléchargeant des fichiers musicaux revient à faire croire qu'industrie musicale et création musicale sont une seule et même chose. Si ces entités semblent aujourd'hui se recouvrer parfaitement c'est en fait le résultat d'un long travail de captation de la création musicale par l'industrie. On oublie que la création musicale peut exister sans l'industrie. L'industrie se plaint que les téléchargements détruisent la création musicale ? Cette plainte n'est guère différente de celui qui ayant détourné toute l'eau d'une rivière au profit de ses seules cultures, transformant les alentours en un vrai désert, clame maintenant que rendre l'eau à son cours initial mettrait en péril le peu de végétation encore existante ; c'est-à-dire le jardin qu'il entretient aux dépens de tous les autres. Ainsi, l'amoindrissement d'une situation de quasi monopole de circulation des œuvres, et qui fait tant montrer les dents aux " majors " ouvre peut-être, à tout un pan de la création musicale restée dans l'ombre, la possibilité de rencontrer enfin un public. Mais l'industrie du disque ne l'entend pas de cette oreille et ses chargés des relations publiques nous font parvenir des chiffres alarmants : " 31000 nouveautés diffusées en 2004 contre 33000 en 2003 " (20 mn du vendredi 11 mars). Encore une fois, si l'on y réfléchit la création musicale devrait être mesurée à la source ; c'est-à-dire au nombre de maquettes qui échouées sans retour sur les bureaux des directeurs artistiques des maisons de disques, avec aller simple bureau-poubelle ou (plus rare) sont condamnées à servir l'inspiration fatiguée d'artistes déjà signés (pas vu pas pris…). Cette production n'a certainement pas baissé. Le home studio, les aides informatiques qui pallient les connaissances musicales parfois très limitées de leurs utilisateurs, le mythe de la " success story " du chanteur amateur devenu une star professionnelle complaisamment entretenu par les média… Gageons qu'il y a découvrir sur le bureau du directeur artistique à peu près les même proportions de productions médiocres, ou de grande qualité que celles circulant sur le marché officiel. Disons même que l'on trouverait peut-être plus de productions véritablement originales sur le bureau du D.A ou sa poubelle que dans les bacs. L'industrie du disque n'a que de très lointains rapports avec la création et la création musicale en particulier. Admettons que les téléchargements soient une réelle cause de limitation de la rentabilité et non un moyen commode de lever de nouvelles taxes auprès du consommateur final. Car la taxe, " indolore " parce qu'incluse dans le prix d'un CD versée aux ayants droits payée par le consommateur final et ce quel que soit l'usage auquel il destine le support : photos de vacances sauvegardes de données personnelles laisserait penser le contraire. En fait ce serait plutôt un point encourageant pour la création musicale de voir que le circuit quasi obligatoire de diffusion soit menacé dans son existence se délite. Pour cela c'est-à-dire pour que le téléchargement à titre privé soit légal et bien implanté, il faudrait une grande avancée juridique. A cette fin chaque citoyen doit comprendre que ce qui de fait est dit " illégal " ne l'est pas obligatoirement de droit. Cela entraînerait un remodelage de la création musicale voici comment : Le téléchargement a un effet régulateur, il favorise la diversité musicale en évitant qu'elle ne se réduise au plus petit dénominateur commun. En effet, plus un CD est vendu plus il a de chances d'être partagé. Cela produit un plafonnement des ventes; lorsqu'un certain niveau serait atteint il y aurait stagnation ce qui entraînerait un plafonnement des investissements. Une nouvelle ère. Les majors se trouveraient alors obligées, bon gré mal gré de renoncer à toujours tout miser sur quelques artistes qu'elles se sont attachés voyant fondre les économies d'échelle qu'elles réalisaient habituellement en se dispensant des campagnes de promotion et de lancement qui coûtent si cher et sont si hasardeuses lorsqu'il s'agit de " nouveaux talents ". Si diffuser de nouveaux artistes était jusqu'alors très coûteux pour les majors avec ce changement la perspective d'une maximisation des gains en misant sur les artistes vétérans deviendrait plus hypothétique alors elles y regarderaient à deux fois. Car l'industrie de la musique n'est pas la Muse de la musique. Le milieu des affaires musicales se dépêchera de parier sur d'autres artistes s'il pressent un effondrement de ses profits. En retour un marché plus atomisé rendra plus difficile un téléchargement généralisé. Autrement dit, les artistes les plus téléchargés seront ceux qui ont été déjà trop vendus. Les ventes plafonneront de sorte que si un investissement de 3 millions d'euros sur un gros artiste en rapportait 5 avant l'avènement du P2P il n'en rapportera demain plus que 4 et un investissement de 6 n'augmenterait pas les bénéfices. Car le marché serait déjà saturé. Décourager les investissements massifs sur les " valeurs sures " serait un vrai bol d'air pour la création musicale. Songez qu'alors on assiterait à :

- l'abandon des tournées artistes d'il y a 20 ans voire plus (Abba, Elvis…) organisées pour tirer un maximum de bénéfices sans débourser une seul centimes pour une véritable création.

- la fin des reprises éreintées de la star 'Ac cesseraient

- la fin de l'hégémonie musicale de vieilles stars dont on nous rebat les oreilles.

 

A en juger par l'activité soutenue des lobbys de l'industrie musicale pour étouffer un phénomène mondial d'échange de fichiers je finirais par croire que la mondialisation n'est incontournable que pour les petites gens… qui doivent supporter sans broncher l'abaissemment de leur qualité de vie l'entrée dans la pauvreté, la ruine de leur système de protection sociale... En revanche, lorsque la mondialisation touche les intérêts de quelques puissants et profite au simple citoyen, tout d'un coup elle n'est plus une fatalité. On assiste alors au déploiement de toute un armée d'avocats, de commerciaux, chargés de communication pour y faire face à cette injustice criante l'accès libre à la création et à la culture humaine.

Squatt.

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